La culture geek : une vraie culture ?

Avec l’importance prise dans nos quotidiens par l’informatique et les gadgets connectés, tout le monde se considère geek aujourd’hui, y compris votre collègue ahurie qui pense qu’avoir un Mac et un iPhone la fait automatiquement rentrer dans une sorte de caste privilégiée. Mais dans ces conditions se pose une question pertinente : existe-il vraiment une culture geek et si oui, n’est-elle pas en danger dans le contexte actuel ?

 

Le geek, de zéro à héros

Étrange destin que celui du geek dans notre société. Il n’y a pas si longtemps, le geek était celui que l’on mettait allégrement de côté sous prétexte qu’il portait de grosses lunettes à triple foyer, passait sa journée à bidouiller son ordinateur ou sa calculatrice de compétition avant de s’adonner à des passions étranges comme le jeu vidéo ou la lecture de comics et de mangas. Autant le dire de suite, le geek, c’était la victime préférée de la petite brute de l’école qui s’amusait de son teint pâle, de son manque de charisme et de ses passions particulières.

Puis, tour à tour, Internet et Apple sont arrivés pour changer cet état de fait qui semblait gravé dans le marbre. Le web dans un premier temps aura permis à ces individus rejetés de se réunir en communautés où ils pouvaient vivre librement leurs passions : dès lors, on a commencé à voir apparaitre l’image d’un personnage simplement « différent » mais tout autant capable que les autres de s’en sortir, à l’image d’un Bill Gates ou d’un Steve Jobs.

Et c’est justement ce dernier qui a fait passer le geek de l’autre côté du miroir. L’arrivée de l’iPhone puis celle de l’iPad dans le quotidien des gens ont permit d’ouvrir un nouveau champ de possibilités. Plus besoin d’être « bon » en informatique désormais : les gadgets, les applications et autres jeux fonctionnent d’un seul tapotement ou d’un seul geste du poignet. Moi aussi maintenant, je suis un crack en informatique, faites place au geek nouveau !

Depuis, c’est l’invasion dans tous les médias : les journaux féminins comme les chaînes d’information dédiées à l’économie se dotent de leur propre rubrique pour mettre en avant le dernier gadget connecté qu’il faut acheter sous peine de passer pour ringard. Le geek est à la mode, et comme toute mode, il doit évoluer et garder le rythme, avant de redevenir ringard et incompris à vivre dans son petit monde.

 

Mais qu’est-ce qui fait la culture geek ?

En fait, il est bien là le problème : si le geek est devenu tendance comme l’a été le rock il y a de cela quelques années, c’est surtout que les canaux mainstream s’en sont emparés en le vidant de sa substance pour ne garder que des contours très clichés.

Par définition, il n’existe pas vraiment de culture geek. En effet, pour reprendre le terme et son étymologie, geek signifie avant tout une personne étrange puis est devenu synonyme de personne passionnée et en décalage avec la société. Mais au-delà de cette pseudo définition, il s’avère bien compliqué de déterminer qui est geek et qui ne l’est pas. D’autant plus qu’il n’existe pas un geek-type mais plusieurs centaines de types, des fois bien incapable de se comprendre entre eux.

Premier point que l’on aime à associer au geek, sa passion pour la technologie. Pourtant, certains geeks apprécient l’usage des nouvelles technologies sans pour autant approfondir plus que ça le sujet. Certains durs de durs estiment même qu’il faudrait faire la différence entre le geek et technophile : ce dernier étant alors un simple amateur de gadgets électroniques et autres appareils connectés à l’image des fans d’Apple qui privilégient l’appareil à ses capacités.

Ensuite, une confusion peut se faire avec les passionnés d’univers « virtuels » quel que soit leur forme : jeux vidéo, jeux de rôle, comics, bande-dessinées… Pour autant, peut se considérer geek un fan de comics qui détestera la technologie : est-il moins geek que les derniers arrivés ? Pas forcément. De la même manière, ces nouveaux geeks peuvent se prendre d’affection pour des composantes de la culture générale que l’on associe aux geeks mais avec un intérêt moindre. Mettez un amateur de la marque à la pomme, autoproclamé geek, au contact d’un passionné de fantasy et lancez le sujet du dernier film inspiré de l’œuvre de Tolkien. Il y a de fortes chances que l’un ait adoré quand le second se fera un devoir de démonter point par point chaque élément du film en citant allégrement l’œuvre écrite comme support.

Toutefois est-il qu’aujourd’hui le geek est tendance, à tel point que d’autres représentants de la culture geek éprouvent aujourd’hui une tendance à se démarquer dans les sphères plus « élitistes » de chaque communauté en fonction des centres d’intérêt : attendez-vous à voir débarquer les tenants de la culture « gamer » avec leurs jeux vidéo et leur aversion pour le « casual », les « otakus » qui idolâtrent la culture japonaise ou encore le simple « nerd » qui se passionne généralement pour les différents aspects de la science. Si tous ces sous-genres sont compatibles entre eux (mais pas nécessairement), ne faites pas le raccourci de penser que tous sont des geeks ou vous aurez à faire à la fureur de ces communautés (ce qui fait d’ailleurs un bon sujet pour ceux qui aiment le rôle de « troll » sur les forums).

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *